3 Policiers, 2007
3 photographies

Station de RER Châtelet-les-Halles, je cherche des agents de sécurité. Je cherche une image prise avec consentement du modèle... Un groupe de trois attire mon attention. Je les ai choisi mais eux aussi m’ont vue. À mesure que j’approche, ils bombent le torse. Rangers, matraques, bombes lacrymogènes et autres protections donnent le ton. Arrivée à leur niveau, je soutiens les six yeux interrogateurs.
- Bonjour (grand sourire)
- ‘jour (pas de sourire)
- Je voulais juste vous poser quelques questions..
- Quel genre ?
L’ambiance est aride. Leurs pieds sont vissés au sol. Les trois colonnes de marbre forment une architecture parfaite, conçue pour parer à tous les chocs. Il faut trouver le mot juste pour ébranler ce monument antisismique, sans provocation ni vexation, sinon c’est foutu.
- C’était juste pour savoir.. Quelle est la capitale du Pakistan ?
Alors que les jeunes cherchent une réponse au sol, le plus âgé lève le doigt et clame:
- Islamabad !
- Gagné !
Sourires. La glace est brisée, la faille est ouverte. Je m’engouffre. Ils se mettent à parler de leur travail.
(…)Nous on se tape la merde tous les jours et les gens nous crachent dessus. Quand on ramasse un clochard dans une rame, les gens nous insultent, mais eux, ils font quoi ? Ils le laisseraient là, ils peuvent même pas supporter l’odeur, alors toucher avec leurs doigts (…)Pour certaines interventions, on est obligé d’être en civil, pour éviter que les usagers nous agressent alors qu’ils ne savent rien sur la personne qu’on interpelle. Mais on bosse pour eux bordel!(…)
Je n’arrive plus à les arrêter. Ça fait une heure vingt qu’on débat. Chacun s’exprime à sa manière. Il y a le jeune candide qui croit en la justice et dont les yeux déjà tristes laissent présager qu’il va déchanter. Il y a le sécuritaire qui parle haut et fort et qui pense qu’il faut serrer davantage la vis. Et enfin, le plus âgé qui reste silencieux, blasé. Je m’apprête à partir, mais avant, je veux une photo.
- Non. Impossible.
J’explique que je me fous des visages, je veux un souvenir. Ça peut être un bout de rangers, la couture d’un pantalon, je leur laisse le soin de choisir.
- Non. Même pas la peine de discuter.
- Ok, je vous laisse mon email et le soin du cadre. Comme ça, pas de lézard, vous maîtrisez l’image.
Trois jours plus tard, je recevais ces portraits.


Châtelet-les-Halles RER station, the most used hub in the parisian network, a group of 3 agents catch my eyes.
As I get closer to them, they thrust out their chests. Ranger boots, clubs, tear gaz, and other types of protection set the tone.
Me -Hello (big smile)
Them -Hi (no smile)
Me - I just wanted to ask you a few questions.
Them - What type of questions?
The atmosphere is quite dried. their feet are glued to the ground. The architecture formed by those 3 marble columns is perfect, ready to react to any shock.I have to find the right word to crack that earthquakeproof monument, with no provocation or miff. Otherwise, it’ s over.
- It was just to know: what’s the capital of Pakistan?
the eldest raises his hand and shouts:
- Islamabad!
- And we have a winner!
It broke the ice. The crack is getting wider, I’m jumping in.
They start talking about their job.
(...) We get to do all the shitty jobs everyday and people always spit at us. When we pick up a bum, in the underground, people insult us, but them, what are they doing? They would just leave him here, they cant even stand the smell (..) For certain actions, we have to be undercover to prevent people from attacking us even though they don’t know anything about the person we’re dealing with. But we are working for them for God’s Sake!
I cant stop them. We have been debating for an hour already.Each of them has his own way of expressing himself. There’s the young and innocent one who believes in justice; his eyes, already sad, tell us he ‘ll soon become desillusioned, the securitarian one who thinks we have to be firmer. Then we have, the eldest one who stays quiet, listless.
I’m about to go, but before, I want a picture.
- No, impossible.
I tell them I don’t care about their faces. It could be a piece of boots, stitches of their trousers, they can choose for themselves.
- No. No possible discussion...
I could discretely take a picture without them noticing, but it wouldn’t be fair. Before say goodbye, I propose them to take their own pictures. I give them my email address and let them choose their own frame.
Three days later i received these portraits.